Rufus Wainwright
12 novembre 2007, Teatro Coliseum, Madrid
Que c'est bon de se remettre les images de cette soirée-là en tête! Il faut dire que j'ai découvert cet artiste il y a quelques mois seulement, mais je suis rapidement entrée dans son monde, sa bulle si particulière, émotionnellement si riche et si intense.
Le concert est arrivé au moment idéal pour moi, j'avais déjà totalement adhéré à son univers et une bonne dizaine de ses chansons n'avait pas bougé de la programmation de mon mp3 depuis des mois (signe de qualité à mes yeux).
Lorsque j'ai appris qu'il jouerait au mythique Teatro Coliseum, j'étais aux anges et le simple fait de monter les marches pour accéder au théâtre m'a procuré une vive émotion. À l'intérieur, ambiance feutrée, sièges de velours, acoustique absolument unique. Dans ce cadre, j'attendais beaucoup de ce concert.
Après une première partie sympathique qui m'a surtout donné le temps de contempler ma chance d'être présente ce soir-là, les lumières s'éteignent enfin, et arrivent sur scène les sept musiciens : deux guitaristes, un bassiste, un tromboniste, un trompettiste, un saxophoniste/flûtiste et un batteur. Tous portent des vêtements très colorés. Le piano est placé au milieu de la scène, un piano à queue noir sur lequel ont été posées des étoiles fosforescentes. En référence au titre de son dernier disque, Release the Stars.
C'est d'ailleurs sur la chanson éponyme qu'il entre sur scène sous les applaudissements, vêtu d'un costume genre patchwork dont lui seul a le secret. Release the Stars, c'est une petite merveille de sons, pour ouvrir le concert de la meilleure des manières. Au son du refrain, un fond étoilé illumine la scène sous mon regard émerveillé. Tout l'orchestre se donne. Le show a bel et bien commencé. Après l'ouverture, les présentations et la prise de l'atmosphère palpable, Rufus se met au piano à mon plus grand bonheur pour placer rapidement le concert sous le signe de la sensibilité avec six interprétations entrecoupées de petits discours : Going To A Town, Sanssouci, Rules and Regulations, Danny Boy, la très attendue Cigarettes and Chocolate Milk, qu'il dédicace au plus grand chanteur de flamenco de l'histoire, El Camarón de la Isla, et dont le final me donne la chair de poule, puis The Art Teacher. J'entre petit à petit par la fenêtre entr'ouverte.
J'ai l'impression d'être presque seule avec Rufus dans la salle tant l'émotion est présente dans l'atmosphère. Je sens sa respiration, j'entends chaque son de sa voix, chaque note et chaque vibration. Après le passage au piano, les premières notes de Tiergarten font battre mon cœur à cadence accélérée. Elle est passée en boucle dans mes oreilles pendant des mois et s'est immiscée dans mon quotidien au fil de ce temps. Rufus se remet au piano pour Leaving For Paris, avant de faire lever la totalité du public sur Between My Legs, véritable orgie musicale. Tout le monde danse et chante, en un rien de temps la salle change radicalement de visage. Comme prévu, une heureuse élue qui avait posté sa prestation sur YouTube est invitée à participer sur scène. C'est la folie dans les rangs du théâtre, et la dénommée Belén se donne à son maximum, au grand bonheur d'un public comblé.
Le concert s'arrête alors pour une pause de quinze minutes qui, à vrai dire, a surpris tout le monde, à un moment si prenant. Qu'à cela ne tienne, je reprends mes esprits pour repartir de plus belle en réalisant que déjà dix chansons sont passées, et que j'aurai par conséquent droit au moins à la même chose pour la seconde partie.
À son retour, Rufus porte une tenue de tirolien, culotte courte et chaussettes montantes. Il a l'art de détruire le ridicule à un point renversant. En un rien de temps, j'ai oublié la pause, emportée par la beauté et la profondeur de sa voix. D'abord The Consort et son final sur trompettes. L'enchaînement avec Do I Disappoint You est parfait. À l'image de son dernier disque, le caractère de cette chanson prend forme avec une force fantastique sur scène. Je ne peux m'empêcher de penser alors aux Arcade Fire, avec ce final majestueux. Tout y est, on n'est plus loin de la perfection.
La dernière note provoque une salve gigantesque d'applaudissements. Puis la salle retrouve son calme, et Kate, la maman de Rufus, fait alors son apparition, pour un moment partagé avec son fils, mais surtout avec nous tous, privilégiés que nous sommes de sentir une telle fusion. Elle au piano, lui au chant.
L'émotion s'intensifie avec la magnifique Nobody's Off the Hook. Dans un murmure, seul au piano, il se livre entier et je ferme les yeux tellement le moment est fort. Plus rien n'existe autour. Et je reste dans cette bulle sans pouvoir respirer. Les silences sont profonds, comme un soupir.
Avant de se retirer de nouveau, il nous interprète Macushlah sans microphone. Ses musiciens sont placés à gauche de la scène et lui à droite, les lumières orangées transmettent une atmosphère de coin du feu en hiver. Quelle voix! Enfin, le set se clôt sur 14th Street à la fin de laquelle les musiciens quittent la scène un par un, laissant seul le banjo au final. Magnifique.
Le public est en état de choc. On tape des pieds, on applaudit à ne plus sentir nos mains. Et on sait tous qu'ils reviendront pour la fameuse surprise tant attendue! Quelques minutes pour se changer, et Rufus refait son apparition pour la troisième fois de la soirée, vêtu cette fois-ci d'un peignoir de bain blanc et de pantoufles à carreaux. C'est certain qu'il cache là-dessous quelque chose d'intéressant...
Il se replace au piano pour I Don't Know What It Is, illuminé par le seul projecteur, le blanc du peignoir éclatant sur lui. Puis c'est pour moi le moment le plus émouvant du concert, son interprétation de Poses, chanson ô combien mélancolique et remplie de douceur. J'ai les larmes qui coulent sur mes joues mais je ne puis bouger d'un centimètre. J'ai des millions d'images qui se bousculent dans mon esprit, et cette musique qui me traverse par le coeur. Après avoir vécu cet instant d'ailleurs, tellement parfait, et tellement rare, je sais que je suis là dans l'inoubliable, et que finalement, le reste comptera peu. J'ai tout simplement changé de dimension à ce moment précis.
Sa maman revient pour deux autres chansons qu'ils partagent en nous conviant dans leur échange. C'est beau. Over The Rainbow est une merveille de plus. Puis le show se termine sur deux reprises de Judy Garland, dans la peau de Garland : talons hauts, collants noirs, rouge à lèvre et chapeau. L'autodérision dans toute sa splendeur, mais toujours dans le juste ton.
Rufus Wainwright est grand, c'est désormais plus qu'une certitude, c'est un fait. Je suis sortie du théâtre les yeux brillants d'étoiles, le coeur apaisé et joyeux. Car croyez-moi, ce bonheur-là n'a pas de prix.
La setlist de 26 chansons, quand même !
Release the Stars
Going To A Town
Sanssouci
Rules and Regulations
Danny Boy
Cigarettes and Chocolate Milk
The Art Teacher
Tiergarten
Leaving For Paris
Between My Legs
----------------------
The Consort
Do I Disappoint You I
Foggy Day (with Kate)
If Love Were All (with Kate)
Nobody's Off the Hook
Beautiful Child I cried
Not Ready To Love
Slide Show
Macushlah Sans microphone
14th Street
------------------------
I Don't Know What It Is
Poses
Over the rainbow (with Kate)
Barcelona (with Kate)
Get Happy
Gay Messiah
Par Claire musicabulle, Vendredi 16 Novembre 2007 à 12:09 GMT+2 dans Reviews concerts (article, RSS)





